
KOBAYASHI MASAKI
(1916-1969)
La jeunesse d'un fils
(Musuko no Seishun)
Date:1952
La chambre aux murs épais
(Kabe Atsuki Heya)
Rivières noires
(Kuroi Kawa)
Date:1957
La condition de l'homme
(Ningen no Joken)
3 volets:
_ Ningen no Joken 1: Il n'y a plus de grand amour _ 1959
_ Ningen no Joken 2: Le chemin de l'éternité ______ 1960
_ Ningen no Joken 3: La prière du soldat _________ 1961
Seppuku
(HaraKiri)
Date:1962
Rebellion
(Joi Uchi)
Kwaidan
Date:1964
Tokyo Saiban
(Le procès de Tôkyô)
Date: 1983
Malheureusement, c'est la mobilisation en 1941. Cette parenthèse n'entama en rien son désir de faire du cinéma. A la fin de la guerre, il est de nouveau engagé à la Shochiku. Toujours assistant, il attend patiemment de nouvelles opportunités.
Enfin, en 1952, il réalise un film, Musuko
no Seishun (La jeunesse d'un fils). C'est
un film de commande, sur lequel il va empiriquement améliorer ses connaissances
sur la réalisation.
Son premier film dans lequel s'exprime son talent s'appelle Kabe
Atsuki Heya (La chambre aux murs épais).
Il filme ensuite une histoire de mafieux qui exercent leur commerce illégal
aux alentours d'une base militaire américaine en 1957
(Kuroi Kawa (Rivières noires)).
Ce film est aussi celui qui nous révéla le talentueux acteur Nakadai
Tetsuya!
Entre 1959 et 1961, il réalise son chef-d'oeuvre, Ningen no Joken (La condition des hommes: 1er volet en 1959 avec Ningen no Joken 1 (Il n'y a plus de grand amour), second volet en 1960 avec Ningen no Joken 2 (Le chemin de l'éternité) et ultime opus en 1961 avec Ningen no Joken 3 (La prière du soldat)).
Il dirige à nouveau Nakadai qui offre ici sa meilleure prestation (c'est aussi ce que se plaît aussi à dire ce dernier) dans une adaptation en 10 heures sur trois films d'un roman de Gomakawa Jumpei. Le tryptique fut un succès, les critiques ne tarirent pas d'éloges.
Cherchant un nouvel angle depuis lequel il va pouvoir mettre le doigt sur
les abus d'un ordre établi, il vient naturellement s'attaquer au Bushido,
le Code d'honneur des Bushi (samourais).
Le film Seppuku (traduit en occident Harakiri,
autre terme, à connotation vulgaire, désignant le suicide rituel) est réalisé
en 1953. C'est un véritable pavé dans la mare que
represente le genre codifié du chambara.
Jusqu'à présent, s'il y avait des dysfonctionnements, ils étaient le fait
de ronins (comme Ryunosuke Tsukue du Passage
du Grand Bouddha). Kobayashi s'en prend
à l'usage abusif qui est fait par les puissants du code d'honneur; ils l'utilisent
sciemment pour leur propre compte, n'hésitant pas à se débarrasser des gêneurs.
On est loin de l'idéal du Bushido selon lequel la
vie d'un samourai n'est vouée qu'au respect des règles du code et aux ordres
de l'Empereur.
La constance dans la variété...
Kobayashi laissera le genre de côté pour y revenir
plus tard avec autant de talent.
En 1964, il signe Kwaidan, un 'omnibus'
(film à sketches) de plusieurs histoires de fantômes dont l'action se déroule
durant le Japon moyennageux et qui puisent leur origine dans des contes écrits
par un Hearn, gaijin
vivant au Japon.
Les quatre séquences permettent à Kobayashi d'explorer
encore l'âme humaine, ses travers, mais aussi sa beauté: il parvient toujours
à réaliser un fragile et subtil équilibre. Le film est magnifié par une esthétique
recherchée, parfois grandiloquente, mais jamais kitsche: on pourrait faire
de certaines images de superbes tableaux.
Humaniste convaincu, il ne cherche pas à porter
un jugement: ses personnages sont anti-manichéens au possibles, tout en nuances.
Encore une magnifique réussite qui malheureusement ne connut aucun succès
au pays du soleil levant.
Les occidentaux eux furent conquis, le film fut récompensé en
1965 par le prix spécial du jury à Cannes.
Il revient au chambara un peu plus tard, toujours
avec Nakadai Tetsuya, cette fois-ci accompagné
par Mifune Toshiro. Il arrivera à obtenir le meilleur
de ses acteurs, leur affrontement est aussi significatif qu'un 'Al
Pacino Vs De Niro': Rebellion (Joi Uchi)
se place sans contestation possible aux sommets du genre.
Le chambara n'est prétexte qu'à une autre exposition
des tréfonds tourmentés de la psychologie des protagonistes. Le cinéma profondément
humaniste de Kobayashi s'élève au niveau de celui
du maître Kurosawa.
Les deux visions se rejoignent pour combler les pièces manquantes du puzzle
le plus compliqué qui soit: l'âme humaine. En (19XX),
il tourne Inochi bo ni Furo (l'Auberge
du malin), encore avec Nakadai Tetsuya.
Puis il essaie de mettre en route un projet de film épique en étroite collaboration avec la Chine qui malheureusement pour nous tournera court (peut-être sommes-nous passés à côté d'un autre chef-d'oeuvre cinématographique ('...à nos actes manqués..' chante un certain Goldman). Ce projet fut mis en image par Sato Junya 1989, un réalisateur propret qui assure avec La légende de Dun Huang le minimum syndical. Nul doute que Kobayashi aurait produit une oeuvre bien plus profonde que ce film rapidement oublié. Les années 70 furent peu prolifiques.
En 1983, il réalise Tokyo Saiban (Le procès de Tôkyô) documentaire sur un procès à l'encontre de criminels de guerre japonais.
En 1990, la cinémathéque française lui rendit un vibrant hommage en la présence de l'Eiga-ka en personne.