KOBAYASHI MASAKI
(1916-1969)



BIOGRAPHIE

Kobayashi est né le 4 février 1916, à Otaru (Hokkaido), le futur réalisateur est rapidement sensible à l'art, notamment à la peinture et aux dessins. C'est à Tôkyô qu'il suivra des cours sur l'histoire de l'art et sur la philosophie à l'université de Waseda.
Puis il tente de rentrer à la Shochiku, grande compagnie de l'industrie cinématographique japonaise. Il devient rapidement assistant réalisateur.


FILMOGRAPHIE


La jeunesse d'un fils
(Musuko no Seishun)
Date:1952

La chambre aux murs épais
(Kabe Atsuki Heya)

Rivières noires
(Kuroi Kawa)
Date:1957

La condition de l'homme
(Ningen no Joken)

3 volets:
_ Ningen no Joken 1: Il n'y a plus de grand amour _ 1959
_ Ningen no Joken 2: Le chemin de l'éternité ______ 1960
_ Ningen no Joken 3: La prière du soldat _________ 1961

Seppuku
(HaraKiri)
Date:1962

Rebellion
(Joi Uchi)

Kwaidan
Date:1964

Tokyo Saiban
(Le procès de Tôkyô)
Date: 1983

 

Malheureusement, c'est la mobilisation en 1941. Cette parenthèse n'entama en rien son désir de faire du cinéma. A la fin de la guerre, il est de nouveau engagé à la Shochiku. Toujours assistant, il attend patiemment de nouvelles opportunités.

Enfin, en 1952, il réalise un film, Musuko no Seishun (La jeunesse d'un fils). C'est un film de commande, sur lequel il va empiriquement améliorer ses connaissances sur la réalisation.
Son premier film dans lequel s'exprime son talent s'appelle Kabe Atsuki Heya (La chambre aux murs épais). Il filme ensuite une histoire de mafieux qui exercent leur commerce illégal aux alentours d'une base militaire américaine en 1957 (Kuroi Kawa (Rivières noires)).
Ce film est aussi celui qui nous révéla le talentueux acteur Nakadai Tetsuya!

Entre 1959 et 1961, il réalise son chef-d'oeuvre, Ningen no Joken (La condition des hommes: 1er volet en 1959 avec Ningen no Joken 1 (Il n'y a plus de grand amour), second volet en 1960 avec Ningen no Joken 2 (Le chemin de l'éternité) et ultime opus en 1961 avec Ningen no Joken 3 (La prière du soldat)).

Il dirige à nouveau Nakadai qui offre ici sa meilleure prestation (c'est aussi ce que se plaît aussi à dire ce dernier) dans une adaptation en 10 heures sur trois films d'un roman de Gomakawa Jumpei. Le tryptique fut un succès, les critiques ne tarirent pas d'éloges.

Cherchant un nouvel angle depuis lequel il va pouvoir mettre le doigt sur les abus d'un ordre établi, il vient naturellement s'attaquer au Bushido, le Code d'honneur des Bushi (samourais).
Le film Seppuku (traduit en occident Harakiri, autre terme, à connotation vulgaire, désignant le suicide rituel) est réalisé en 1953. C'est un véritable pavé dans la mare que represente le genre codifié du chambara.
Jusqu'à présent, s'il y avait des dysfonctionnements, ils étaient le fait de ronins (comme Ryunosuke Tsukue du Passage du Grand Bouddha). Kobayashi s'en prend à l'usage abusif qui est fait par les puissants du code d'honneur; ils l'utilisent sciemment pour leur propre compte, n'hésitant pas à se débarrasser des gêneurs. On est loin de l'idéal du Bushido selon lequel la vie d'un samourai n'est vouée qu'au respect des règles du code et aux ordres de l'Empereur.

Comme Les Sept Samourais de Kurosawa, ce film est incontournable.
De plus, Kobayashi ne revendique rien, il ne fait qu'exposer des faits, laissant au spectateur son libre-arbitre
(ndr: j'adore les films qui ne prennent pas leur public pour des idiots). Il ne méprise pas la code, au contraire: il approuve certaines valeurs immuables qui sont bafouées par une lecture égoïste du code.

Quoi qu'il en soit si vous ne l'avez pas encore vu, les multiples rebondissements vous surprendront comme rarement on peut l'être au cinéma (pensez à Usual Suspect de Brian Singer...).

La constance dans la variété...
Kobayashi laissera le genre de côté pour y revenir plus tard avec autant de talent.
En 1964, il signe Kwaidan, un 'omnibus' (film à sketches) de plusieurs histoires de fantômes dont l'action se déroule durant le Japon moyennageux et qui puisent leur origine dans des contes écrits par un Hearn, gaijin vivant au Japon.
Les quatre séquences permettent à Kobayashi d'explorer encore l'âme humaine, ses travers, mais aussi sa beauté: il parvient toujours à réaliser un fragile et subtil équilibre. Le film est magnifié par une esthétique recherchée, parfois grandiloquente, mais jamais kitsche: on pourrait faire de certaines images de superbes tableaux.
Humaniste convaincu, il ne cherche pas à porter un jugement: ses personnages sont anti-manichéens au possibles, tout en nuances.
Encore une magnifique réussite qui malheureusement ne connut aucun succès au pays du soleil levant.
Les occidentaux eux furent conquis, le film fut récompensé en 1965 par le prix spécial du jury à Cannes.

Il revient au chambara un peu plus tard, toujours avec Nakadai Tetsuya, cette fois-ci accompagné par Mifune Toshiro. Il arrivera à obtenir le meilleur de ses acteurs, leur affrontement est aussi significatif qu'un 'Al Pacino Vs De Niro': Rebellion (Joi Uchi) se place sans contestation possible aux sommets du genre.
Le chambara n'est prétexte qu'à une autre exposition des tréfonds tourmentés de la psychologie des protagonistes. Le cinéma profondément humaniste de Kobayashi s'élève au niveau de celui du maître Kurosawa.
Les deux visions se rejoignent pour combler les pièces manquantes du puzzle le plus compliqué qui soit: l'âme humaine. En (19XX), il tourne Inochi bo ni Furo (l'Auberge du malin), encore avec Nakadai Tetsuya.

Puis il essaie de mettre en route un projet de film épique en étroite collaboration avec la Chine qui malheureusement pour nous tournera court (peut-être sommes-nous passés à côté d'un autre chef-d'oeuvre cinématographique ('...à nos actes manqués..' chante un certain Goldman). Ce projet fut mis en image par Sato Junya 1989, un réalisateur propret qui assure avec La légende de Dun Huang le minimum syndical. Nul doute que Kobayashi aurait produit une oeuvre bien plus profonde que ce film rapidement oublié. Les années 70 furent peu prolifiques.

En 1983, il réalise Tokyo Saiban (Le procès de Tôkyô) documentaire sur un procès à l'encontre de criminels de guerre japonais.

En 1990, la cinémathéque française lui rendit un vibrant hommage en la présence de l'Eiga-ka en personne.

viottip@hotmail.com